L’aidant familial, cet autre handicapé qu’on oublie très souvent…

Paraplégique ou tétraplégique, lorsque la mobilité est plus ou moins réduite il devient difficile et voir impossible d’accomplir les actes du quotidien tout seul. Prendre un bain, s’alimenter ou encore se vêtir sont autant de gestes pour lesquels une aide devient indispensable. Au Cameroun ce rôle incombe dans la plupart des cas à un frère, une sœur, un parent, une nièce, une cousine, le conjoint. Au fil des jours et des mois l’aidant devient cet être précieux dont on ne peut se passer, et qui a force devient handicapé à sa manière.

La valeur de l’aidant familial

Des plus grands aux plus petits, quasiment tout mon entourage a joué et joue ce rôle d’aidant à des degrés divers. Mais s’il y en a un qui a porté et continue de véritablement porter cette casquette c’est mon frère aîné. L’aidant du paraplégique ou du tétraplégique est l’être providentiel qui par amour n’hésite pas à donner de son temps et de sa personne pour pallier aux déficiences de cet être qui en devient presque sa charge exclusive.

«Je ferai pour toi tout ce que tu ne peux plus faire», telle est la pensée qui anime l’aidant familial. Soucieux du bien-être de ce proche en situation de handicap, il se dévoue à la tâche en faisant fi de tout le reste, de sa propre vie et de ce que le monde peut bien en penser. Des liens solides se tissent, il devient en mesure de devancer un besoin, d’interpréter un geste, un regard, une mimique. Il comprend le fonctionnement du corps de l’autre parfois mieux que lui même, il sait comment s’y prendre pour combler quasiment toutes ses attentes.

Dans cette mission dont il s’investit l’aidant développe parfois inconsciemment une sorte de possessivité vis-à-vis de cet être qu’il aime. Il n’envisage pas qu’une personne autre puisse le relayer ou jouer ce rôle, et lorsqu’inévitablement ça arrive il naît en lui un sentiment de culpabilité difficile à faire disparaître. Il me serait impossible de compter le nombre de fois où mon frère m’a dit : «J’ai l’impression de t’abandonner quand quelqu’un d’autre prend soin de toi». Et plus le temps passait, plus je le voyais développer son propre handicap…

Une aide de laquelle résulte un autre handicap

Les années passant, l’aidant s’est tellement investit dans son rôle auprès du tétraplégique ou du paraplégique qu’il devient lui même handicapé. Le handicap faisant désormais partie de sa vie, il cesse de raisonner comme une personne valide. Il lui devient soudain anormal que sa banque n’ait pas prévu d’accès pour les personnes en fauteuil roulant, ou que le super marché du coin n’ait pas de place de stationnement pour handicapés.

L’aidant familial vit, affronte et subit l’exclusion socio-professionnelle ainsi que les injustices et inégalités auxquelles sont confrontées les personnes en situation de handicap autant et voir plus que ces dernières. Le handicap progressivement occupe une place énorme dans sa vie. Il se surprend parfois à essayer de se mettre dans la peau de l’autre, par exemple en se déplaçant dans son fauteuil roulant, en testant ses appareils et équipements.

Si l’on n’y fait pas gaffe l’aidant se coupe de tout, vit et pense comme un handicapé, s’interdit tout ce que la personne en situation de handicap n’a pas, comme une vie de couple. Comment ne pas en arriver à de pareilles extrêmes ? Il est nécessaire que le paraplégique ou le tétraplégique sache l’encourager à vivre sa vie, et que tout l’entourage n’oublie pas d’être attentif aux besoins de l’aidant familial. Son quotidien très souvent difficile nécessite bien plus que de l’admiration et des encouragements.

L’idéal reste cependant de confier cette tâche à un professionnel. Le métier est peu connu au Cameroun, mais prendre un assistant de vie dans la mesure du possible est de loin la meilleure option pour tous. L’aidant peut reprendre le cours de sa vie le plus tôt, et la personne en situation de handicap est déchargée de cette désagréable impression de gâcher la vie de cet être auquel il tient.

4 réflexions sur “L’aidant familial, cet autre handicapé qu’on oublie très souvent…

  1. Waouhh..Très bon article ..On dirait une parnassienne … ça c’est ce que j’appelle de la gratitude..vous avez compris très vite le sens de la vie et plus unis que jamais vous irez très loin plus que vous ne pouvez l’imaginer..Que la grâce du Très haut vous comble davantage..l’aidant familial dans ce contexte qui ici est mon meilleur ami est un ange..c’est un modèle à suivre..la famille avant tout..Nous ne cesserons d’admirer ton courage mich et la détermination que tu propage à travers tes actes..Beaucoup de bonheur à vous et merci pour cet article si riche ..

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