Personnes à mobilité réduite : Et si l’espoir était notre pire ennemi ?

Face à la maladie ou à toute autre épreuve que la vie éprouve parfois un malin plaisir à nous infliger, l’espoir est bien souvent la seule chose à laquelle se raccrocher pour ne pas sombrer. L’espoir qu’un jour les choses iront mieux, l’espoir que ce n’est qu’un cauchemar éveillé qui prendra fin tôt ou tard. Et si ce « tôt ou tard » n’arrivait jamais ? Ça peut sembler inapproprié de le dire, mais garder indéfiniment espoir peut, à défaut de nous détruire, nous empêcher de vivre. C’est particulièrement le cas des personnes à mobilité réduite. Ça l’est en tout cas pour moi, ce qui ne signifie pas forcément que je ne crois pas au miracle !

Garder espoir c’est bien, accepter les choses telles qu’elles sont c’est mieux

Lorsqu’à la suite d’une blessure médullaire on passe de valide à invalide, le monde semble nous tomber sur la tête. Être paraplégique et voir tétraplégique est loin d’être évident, surtout dans un pays où la perception du handicap laisse à désirer. D’avoir l’espoir qu’on peut et je dirai même qu’on va récupérer sa mobilité est essentiel pour tenir le coup. Conscient de ce facteur, le corps médical ne pose généralement pas un diagnostic ferme. Les années passent, et c’est au fil du temps que vous réalisez tous les changements qui se sont désormais opérés dans le fonctionnement de votre corps, c’est au fil du temps que vous réalisez que vous avez presqu’autant de chance de marcher que de rester coincé dans votre fauteuil roulant. De l’accepter n’est pas synonyme de capituler, c’est un moyen de ne pas s’enfermer dans son handicap en oubliant que la vie continue.

L’espoir des autres, de l’alcool sur une blessure

Peu de gens le savent, mais il est déconseillé de verser de l’alcool sur une blessure. C’est le meilleur moyen de l’aggraver et de retarder le processus de guérison. Lorsqu’on est en situation de handicap l’espoir des autres peut avoir le même effet. « Si tu avais continué avec la kinésithérapie tu aurais sans doute récupéré davantage » (ce qui me donne parfois la désagréable impression que l’on pense que je me complais dans la situation alors que j’ai juste appris à m’y plaire) , « Un jour tu sauteras de ton lit sans crier garde et tu te mettras debout », « D’autres ont pu marcher de nouveau, alors pourquoi pas toi (oubliant que chaque blessé médullaire est unique)? »… Des phrases tout ce qu’il y a de plus innocent, mais qui ont pour seul mérite d’ouvrir une blessure en nous ramenant à cette époque où l’on était maître de son corps et de ses mouvements. C’est l’une des choses les plus difficiles quand on est paraplégique ou tétraplégique, de le faire véritablement accepter par les autres. C’est ce qui justifie le fait pour certains de s’éloigner des uns pour se rapprocher de ceux qui conçoivent que le fauteuil roulant fasse désormais partie de leur quotidien.

Quid de la foi et des progrès scientifiques ?

Est-ce que parce que j’ai choisi d’accepter le fait d’être paraplégique je ne crois ni en l’existence d’un être suprême ni en la science ? Non. La conception des choses qui est mienne est juste différente. Je crois en l’existence d’un Dieu, et je sais que s’il le veut il peut mettre un terme au handicap moteur qui est mien. S’il le veut… Il peut ne pas le vouloir. Pour certains je n’ai pas de foi, mais j’aime à penser que ce que nous voulons peut ne pas cadrer avec ce que Lui veut. Alors plutôt que de focaliser mes prières sur « Guéris moi », je me contente de lui dire avec confiance « Donnes moi chaque jour la force d’accepter les choses comme elles sont, et s’il vient un moment où tu décides que je sortirai de mon fauteuil roulant, alors j’en sortirai ». Et qui sait, ça passera peut être par quelques découvertes ou progrès scientifiques auquel Il permettra que je puisse accéder ! En attendant je profite de chaque instant de bonheur que la vie m’offre.

Suis-je quelqu’une de défaitiste parce que j’accepte le fait d’être en situation de handicap ? Je laisse le soin à chacun de se faire un avis. Mais si de l’être est ce qui me permet d’être heureuse et en paix avec la vie, alors je l’assume.

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